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SOLANGE

Solange 57 ans, née en Algérie, aujourd’hui française mère de six enfants et prostituée depuis 25 ans. J’ai rencontré Solange en bas de chez moi, dans son camion, sur le périphérique. Elle, parmi tant d’autres femmes ayant pratiquement vécu la même histoire.
Nées en Algérie dans les années 60-70, mariées toutes très jeunes, sans aucune éducation scolaire, elles ont fui leur pays, leurs vies, leurs maris. En France, leurs conditions de vie ne se sont guère améliorées.
Mères de famille et femmes battues, elles se sont tournées vers la prostitution pour quitter leurs nouveaux époux et élever leur enfant. Gagner de l’argent, le plus possible et le plus vite possible. Elles mènent une double vie et sont effrayées à l’idée que l’on puisse les identifier. Elles vivent souvent dans des quartiers sensibles et craignent d’être violentées par les habitants s’ils venaient à apprendre leur métier : la prostitution.
J’ai dû composer avec de nombreux rendez-vous manqués, ma présence importune sur leur lieu de travail (rivalité, peur de perdre des clients...), le fait d’accepter le regard des hommes porté sur moi et, parfois, leur violence verbale à mon égard. Pour mener à bien ce projet, j'ai régulièrement rendu visite à Solange pendant plusieurs mois. Je montais à l’arrière de sa camionnette quand il n’y avait pas de client et je restais là, avec elle, à discuter de tout et de rien. Lorsqu’un client arrivait, Solange me donnait un tabouret et je m'asseyais dehors en attendant la fin de la passe.
Sans fard et parfois crûment, Solange me parle de son travail et des clients, de sa famille. Elle m’a aussi invitée chez elle, une fois, unique. Je l’ai retrouvé dans son appartement où elle vit avec ses proches un matin à cinq heures, avant qu’elle ne parte au travail. J’ai pu constater sa générosité. Tous ses enfants, petits-enfants et belles-filles vivaient chez elles. Ils dormaient à-même le sol, ou entassés sur des lits. Certains étaient sans-papiers, d’autres sans travail. Solange pouvait être fière, elle faisait vivre toutes sa famille, seule, « grâce, me dit-elle, a la prostitution. » Chez elle, elle était reine, autonome et revendiquait l’absence de tout contrôle masculin. Voici ces instantanés d'une vie entre intimité, et précarité. Ils vous interrogeront, sans doute. Le débat est connu. Faut-il condamner la prostitution ? Faut-il priver ces femmes de leurs clients ? Ou au contraire faut-il leur permettre de travailler dans la dignité ? Je ne prétends pas ici apporter une réponse. J’espère seulement, apporter un regard sans jugement. Un regard humain. À hauteur de femme.

© Copyright - Sabrina Mariez

contact@sabrinamariez.fr

Last Update 20/02/2018

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